De nombreuses pratiques de gestion des porcelets utilisées depuis des décennies sont aujourd'hui remises en question. Certaines de nos habitudes ancrées ne nous aident peut-être pas autant que nous le pensons, tandis que de nouvelles pratiques prometteuses émergent.
Le colostrum
Avant même de parler de toute autre pratique, un porcelet doit consommer suffisamment de colostrum : c’est le meilleur facteur prédictif de sa survie au cours des trois premiers jours, et ses effets durent toute la vie. Il y a un paradoxe qui mérite d'être souligné : les truies produisent aujourd'hui plus de colostrum qu'auparavant (les rendements sont passés d'environ 4,5 à 7,5 kg en 15 ans), mais l'ingestion de chaque porcelet a diminué pour atteindre le minimum de 250 g nécessaire à une bonne survie, tout simplement parce que le nombre de porcelets se le partageant est plus élevé.1
Le colostrum remplit trois fonctions essentielles dont un porcelet ne peut se passer :
- Il fournit 40 à 60 % de l'énergie précoce nécessaire à la thermorégulation (les porcelets n'ont presque pas de réserve graisseuse)
- Il apporte l'ensemble de leur immunité passive (l'intestin n'absorbant les anticorps que jusqu'à la « fermeture intestinale » vers 24–36 heures)
- Il conditionne les performances de toute une vie. Les porcelets consommant environ 200 g de plus que la moyenne de la portée pèsent environ 4 kg de plus au jour 21 que les porcelets consommant environ 200 g de moins que la moyenne de la portée.1 2
Adoption de porcelets
L'adoption était autrefois beaucoup plus courante tout au long de la vie du porcelet. Depuis un certain temps, nous savons que cela n'est pas optimal. Lorsque l'adoption a été limitée aux deux premiers jours de vie au lieu de se poursuivre pendant toute la lactation, les porcelets étaient environ 20 % plus lourds au sevrage, sans aucune différence en matière de mortalité.3 Les déplacements constants donnaient aux portées un aspect uniforme, mais cette uniformité s'obtenait au détriment de la croissance.
Il y a aussi un coût sanitaire. Des travaux danois ont montré que les portées ayant fait l'objet d'adoptions avaient environ 1,5 fois plus de risques de nécessiter des antibiotiques pendant l'allaitement, principalement pour des problèmes de diarrhée et de boiterie, ainsi que davantage de lésions faciales et carpiennes.4 Après le sevrage, les porcelets adoptés étaient plus susceptibles de finir au parc hôpital ou de mourir.5
Adoption de porcelets selon la taille
La manière dont vous composez une portée adoptée compte, car l'avenir d'un porcelet dépend fortement de la taille de ses congénères de portée. Élever les porcelets légers à l'écart des porcelets lourds a amélioré leur survie et/ou leur croissance, tandis qu'élever des porcelets lourds dans des portées uniformes, uniquement composées de porcelets lourds, a nui à la fois à leur survie et à leur poids au sevrage.6 7 Les effets sur les porcelets de poids moyen se sont révélés contradictoires entre les deux études : largement non affectés dans l'une6, [u1.1]mais détériorés dans les portées uniformes pour l'autre.7
Surcharge des tétines
En règle générale, nous essayons de ne jamais garder plus de porcelets que la truie n'a de tétines fonctionnelles. Cela tombe sous le sens : chaque porcelet revendique une tétine, donc s'il y a plus de porcelets que de tétines, certains ne peuvent pas en réserver une et manquent de lait. Cependant, avec les truies hyperprolifiques et des portées plus nombreuses, cette logique est aujourd'hui remise en question. Deux vastes études ont montré qu'avoir plus de porcelets que de tétines pouvait être acceptable. Charger les portées depuis quelques porcelets en dessous du nombre de tétines jusqu'à un porcelet au-dessus du nombre de tétines a régulièrement augmenté le nombre de porcelets sevrés sans hausse de la mortalité avant sevrage ; ce n'est qu'à partir de deux porcelets ou plus au-dessus du nombre de tétines que la mortalité a augmenté.8 9 Les portées plus remplies sèvrent plus de porcelets et un poids total plus élevé par truie, même si les porcelets individuels sont légèrement plus légers.
L'allaitement fractionné
Une pratique ancienne qui semble logique : retirer les gros porcelets et/ou ceux nés en premier afin que les plus petits ou les derniers-nés aient une chance d'accéder à la mamelle. Mais la recherche actuelle montre que cela n'est pas utile. Un essai portant sur 1 500 truies n'a révélé aucune différence de croissance ou de mortalité, et les analyses sanguines ont montré que la prise de colostrum n'était pas réellement modifiée.10 Trois essais menés par Smithfield ont confirmé cela, et l'un d'eux a révélé que les gros porcelets isolés (de plus de 1,7 kg) présentaient une mortalité deux fois plus élevée que ceux laissés tranquilles, sans aucun bénéfice pour les petits.11
La raison réside peut-être dans le fait que l'allaitement fractionné ne fait que modifier l'ordre dans lequel les porcelets tètent : cela n'ajoute pas de colostrum, ne retire aucun porcelet et ne change pas la quantité qu'un porcelet faible peut ingérer. Le problème d'un petit porcelet n'est généralement pas seulement la compétition, puisque le colostrum est disponible tout au long des premières 24 heures ; il tète faiblement et absorbe mal, et libérer la mamelle ne résout pas cela. Ce temps de travail est mieux employé à aider directement les porcelets faibles à la tétine pour s'assurer qu'ils s'accrochent et prennent leur repas.
Séchage et réchauffement
Sécher les nouveau-nés avec un asséchant et les réchauffer sous une lampe augmente bien leur température corporelle d'environ 2,3 °C au cours de la première demi-heure. Cependant, lors d'un grand essai commercial, cela n'a réduit la mortalité que lorsque la maternité était fraîche (moins de 25 °C) ; dans les salles chaudes, il n'y avait aucun bénéfice. Le poids à la naissance est resté, de loin, le facteur principal de survie.12
Apport énergétique à la naissance
Les nouveau-nés fonctionnent avec des réserves d'énergie très limitées, et ceux qui prennent du retard tôt ne s'en remettent souvent pas. Un essai sur le terrain mené dans deux élevages a administré aux porcelets une dose orale unique dans les 24 heures suivant la naissance. Une simple dose de dextrose a réduit de près de moitié la mortalité avant sevrage (4,3 % contre 8 %) et a amélioré le poids au sevrage. Un produit à base de caféine + dextrose ainsi qu'un supplément commercial n'ont pas montré le même effet.13
Points clés à retenir pour les producteurs
- Le colostrum est essentiel à la santé et à la survie du porcelet : à la naissance, les petits porcelets en difficulté peuvent être guidés vers une tétine, et même aidés à s'accrocher pour s'assurer qu'ils reçoivent du colostrum.
- Pratiquer l'adoption tôt et la minimiser :
- Minimiser l'adoption autant que possible, les porcelets ont de moins bons résultats lorsqu'ils sont déplacés et vont perturber les portées dans lesquelles ils sont transférés.
- Pratiquer l'adoption tôt, avant que l'ordre des tétines ne soit établi, mais après la consommation du colostrum. Les porcelets doivent toujours consommer le colostrum de leur propre mère ; le moment le plus précoce pour le faire est 12 heures après la naissance, mais une durée proche de 24 heures laissera plus de temps pour consommer le colostrum.
- Créer des portées totalement uniformes n'est pas recommandé comme pratique de routine, mais le principe sous-jacent (ne pas forcer les porcelets légers à rivaliser avec des porcelets beaucoup plus lourds) mérite d'être appliqué lors de l'ajustement des portées.
- Charger un porcelet de plus que le nombre de tétines fonctionnelles est sûr et permet de sevrer plus de porcelets, mais pousser à +2 commence à coûter cher en matière de mortalité.
- Sur la truie d'aujourd'hui, l'allaitement fractionné n'apporte aucun avantage et peut nuire à vos plus gros porcelets. Ce temps de travail est mieux employé ailleurs.
- Lors des chaudes journées d'été, lorsque les maternités dépassent 25 °C, il peut être judicieux d'arrêter d'utiliser le chauffage d'appoint pour les porcelets. Les porcelets conserveront leurs performances et cela peut aider à réduire la température de la pièce.
- Une dose orale de dextrose à faible coût durant le premier jour de vie peut améliorer la survie des porcelets.
Références
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